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Le Fort du Cabellou

 Histoire du Fort du Cabellou    (Cap-Bellou au XVIII ième siècle)

Bellou en vieux breton signifiait guerrier, belliqueux.. Le nom indiquait donc sur les cartes qu’il y avait danger  à s’approcher de cette pointe du Cap Bellou. Avant même la mise en place de ce fort le danger était et est toujours important pour les marins en raison de nombreuses roches.

Ce fort a été construit en 1746 sur la pointe du Cabellou afin de défendre la baie de Concarneau et l’entrée du port. Ce fort était à l’origine placé sur une roche probablement entourée d’eau à marée haute.

Il permettait donc se protéger des incursions anglo-hollandaises mais aussi de permettre aux bateaux français de trouver sur  le littoral un port sécurisé où ils pouvaient en cas de danger trouver refuge et protection.

Un énorme blockhaus a été construit à l’arrière de ce fort lors de la 2ème guerre mondiale. De très importants gravats ont été entreposés tout autour.

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Fiction. Voici ce qu’à pu être le fort avant la construction du blockhaus donc avant 1940.

Le fort  est classé Monument historique depuis le 8 novembre 1962.

Il faut se protéger des …..Anglais et intégrer la Bretagne.

Cette construction militaire fait partie de la stratégie de défense du littoral décidé dès 1681. En 1683 le littoral breton se couvre de chantiers de constructions.  Louis XIV nomme Vauban commandant de la place de Brest en 1694.

Le danger étant de plus en plus pressant, la défense du littoral devient indispensable et réclamé par les bretons pour sécuriser le transport de marchandises. Le danger permanent de la marine anglaise a été une raison supplémentaire pour accroître la présence française en Bretagne en commençant par l’intégration militaire de la Bretagne au Royaume.

Aucun secteur ne devait être oublié.

Sur les 2600 km de littoral on ne compte pas moins de 350 points forts allant de la forteresse au simple corps de garde.

Le fort du Cabellou est  sur le principe des plans attribués à Sébastien Le Prestre marquis de Vauban ingénieur militaire. Son but est une défense avancée avant l’enceinte urbaine de Concarneau. Le principe de défense est de permettre le croisement des feux. Des batteries existaient donc sur Beg-Meil (2 canons), sur la pointe de Trévignon (3 canons) et un poste d’observation à la pointe de la pointe de la Jument (Beg ar Gazeg).

Si un bateau ennemi arrivait à franchir les tirs du Fort du Cabellou il avait ensuite à subir les tirs de la ville close (ici prise depuis le Cabellou)

Ce fort a été construit en très grande partie par des matériaux extraits directement sur place.

Tout bateau voulant forcer l’entrée du port de Concarneau où voulant s’en approcher pour tirer au canon sur la ville close était sous la menace du fort du Cabellou.

La Bretagne compte environ 40 ouvrages fortifiés bénéficiant d’un classement aux Monuments historiques.

De forme radio concentrique, il dispose de 6 embrasures, tournées vers l’Océan, capables de couvrir 200°.

Cette batterie basse permet des tirs rasants et en éventail dans le but de faire couler les navires ennemis. En cas d’attaque massive, le fort devait probablement s’équiper d’un four pour chauffer les boulets et ainsi permettre des tirs à boulets rouges. Le but était de mettre le feu aux bateaux. De plus, la fumée de ces fours avait un très fort pouvoir dissuasif.

L’arrière du fort (côté terre)  est peu défendue car le danger ne « pouvait » arriver que de la mer.

Un simple mur permet de protéger des tireurs équipés de mousquets qui est une arme à feu « portative ».

Ci-dessous Carte Bellin 1746. Le corps de garde de Lanriec y est indiqué (source gallica.BnF.fr)

Le fort du Cabellou a été construit en 1746 car la guerre reprend avec les anglais après 31 années de paix navale. La tactique employée par l’ennemie n’est plus seulement le harcèlement côtier . Les attaques navales doivent maintenant permettre un débarquement massif. En septembre 1746, 5000 britanniques ont débarqué au Pouldu et tenté de prendre Lorient.

Pour limiter les risques, un fort puissant est construit dès 1755 sur l’île Cigogne, sur l’archipel des Glénan, sous l’impulsion du Duc d’Aiguillon, commandant en chef de Bretagne de 1753 à 1768.

La côte sud de la Bretagne est particulièrement menacée.

La France n’a pas les moyens d’envisager d’autres stratégies que de se défendre et de couvrir son littoral de batteries . Celles-ci devaient être distantes entre elles d’environ 2 lieues (6,5km)..

Dans les années 1770, la tension reprend avec les anglais  car Louis XVI soutien les insurgés américains en guerre contre les anglais en envoyant le marquis de Lafayette.

 

Construction

L’objectif de cette construction est de tenir en cas de bombardement.

Au moins un élément du mur extérieur provient d’un ancien monument.

Pour cela tout a été mis en oeuvre pour massifier l’ensemble.

La base est une pièce partagée en deux parties : une partie corps de garde pour protéger les hommes et une deuxième pour protéger la poudre.

Les bâtisseurs ont commencé par monter une voute en plein cintre de 7.50 m de longueur parfaitement circulaire d’un rayon de 2,50 m, de construire les murs, de combler par dessus et de couvrir  de dalles en granit.

La poudre à canon ou poudre noire.

Cette poudre était composée de charbon de bois, de soufre et de salpêtre le tout en poudre. La proportion était particulière pour les canons.

Deux dangers menaçaient cette poudre : l’humidité et la moindre étincelle.

L’humidité pouvait rendre la poudre inutilisable.

La poudrière devait donc être totalement étanche. Les enduits étaient réalisé en plâtre ou à la chaux (jamais de mortier avec du sable )

Des ouvertures permettaient d’aérer la pièce mais ne devaient pas permettre à l’eau de rentrer (pluie, mer,..)

Les barils reposaient sur un plancher en bois assemblé par des chevilles en bois ou en bronze.

baril avec cerclage bois (noisetier ou coudrier)

La lumière

La lumière de la pièce était assurée par les ouvertures pendant la journée.

Pour la nuit une lanterne devait être placée à l’extérieur du bâtiment. Un miroir était ensuite utilisé pour diriger celles-ci.

Porte de la poudrière.

Alors que la porte de la partie habitable s’ouvrait vers l’intérieur largeur (100 cm), celle de la poudrière  (80cm)s’ouvrait initialement vers l’extérieur. Ce détail était à l’époque d’une importance capitale pour la sauvegarde du bâtiment.

D’une part, il est plus difficile d’enfoncer une porte qui ne peut  s’ouvrir que sur l’extérieur et, d’autre part surtout, il ne fallait pas que la porte puisse frotter sur le sol. Le risque était qu’une étincelle puisse mettre le feu à la poudre. Cette porte était fermée par une serrure en bronze.

Généralement il y avait 2 serrures. Les clefs étaient détenues par 2 responsables (celui de la poudrière et  par l’officier) Toutes les pièces métalliques présentes dans cette pièce devaient être en plomb, cuivre ,…mais surtout pas du fer. Il aurait suffit, par exemple, qu’une pièce en fer tomber sur le sol pour qu’une étincelle mette en danger le site et tous les hommes.

Pour pénétrer dans la poudrière il fallait laisser dans le logis tous les objets métalliques qu’on avait sur soi (arme, outils, …) Des sandales spéciales étaient placées à l’entrée.

Explosion d’une poudrière

Cette explosion s’est produite le 31 août 1794 à Grenelle. Plus de 1000 morts. Bien que la cause exacte ne soit pas connue , il semblerait que cela provienne d’un problème d’organisation et d’un manque de rigueur.

Ouverture de la poudrière.

La fenêtre de la partie logis est disons une grande ouverture normale munie de barreaux. Taille de la fenêtre;  hauteur 85 cm, largeur 65 cm. Elle permettait aux miliciens de surveiller vers le sud et d’apercevoir les signaux de la pointe de la Jument .

Pour la poudrière cette ouverture est très petite ne permettant simplement que d’aérer la pièce. Il ne fallait surtout pas utiliser cette ouverture pour tirer avec les mousquets au risque de faire sauter la pointe du Cabellou.

Cette ouverture est de conception surprenante car elle est constituée d’une ouverture interne et une donnant dans la façade extérieure. Ces deux ouvertures sont séparées par un espace creux assez important. Cette ouverture était faite pour rendre impossible un tir de l’intérieur vers l’extérieur et surtout d’empêcher tout projectile venant de l’extérieur de rentrer dans la poudrière par ricochet.

Confort du corps de garde

Tous les projets de corps de garde (ici un plan de 1744) indiquent qu’il y a une cheminée et un lit de camp. Ce « lit » était une planche sur pieds qui prenait toute la largeur du logis. Pour se reposer les hommes se tassaient dessus.

Plan du Site

Le fort est armé, dès le départ, de canons de 24 livres pesant 2500 kg . Ceux-ci pouvaient tirer des boulets de 11,7 kg à 3 km.

Vers 1800, les canons de 24 avaient été remplacés par des canons de 36. Les boulets pesaient  17,6 kg. La portée maximale était de 3 700 m.

Les canons de 36 pesaient environ 4 tonnes . Il fallait 14 hommes pour bouger de tels canons.

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Ici un canon mis en position (montage photo)

L’architecture militaire de l’époque était considérée comme un art à part entière. Le principe de base est la géométrie au service de la simplicité de de l’efficacité.

Le fort de plein air comme celui du Cabellou avait de gros avantages pour les « artilleurs  » . La fumée importante produite par les tirs était rapidement évacuée par le vent et permettait d’observer facilement la précision des tirs. Il avait aussi l’inconvénient d’exposer les hommes aux tirs ennemis.

La marine anglaise possédant des canons de 36 sur leurs bateaux, les défenses à terre devaient avoir au moins de telles puissances de tir.

La puissance de tir du Fort du Cabellou

Le corps-de-garde d’observation de la Jument, construit dans le style de la poudrière du Cabellou, avait pour mission d’informer le fort du Cabellou de l’arrivée de bateaux depuis Trévignon et inversement. La photo ci-dessus a été prise depuis le poste d’observation du Cabellou.

Ci-dessous, carte d’Etat-Major de 1820 avec mention des défenses de Concarneau. Le Fort Lamour sur Beuzec, la batterie de la ville close à Concarneau et le Fort du Cabellou à Lanriec.

Une batterie était aussi en place au niveau de la chapelle de la Croix transformée de nombreuses  années en bâtiment garde côte. Une cheminée y avait été placée.

Plan du corps de garde de Beg Meil (1744)

 

 

Les sites bretons avec des défenses attribuées à Vauban.

Comme dit le dicton; « ville assiégée par Vauban, ville prise, ville défendue par Vauban, ville imprenable »

Le but était de disposer d’une puissance de tir importante mais aussi de pouvoir se passer des informations à l’aide de fanions.

En cas de guerre avec l’Angleterre les « désignés » devaient se mettre à leurs postes dans ces corps de garde. Pendant les périodes calmes 1 à 2 gardiens assuraient un service simplement d’observation et de surveillance.

Le fort du Cabellou était tenu par des milices garde-côtes recrutés dans les paroisses littorales réunies en capitaineries.

Ordonnance Vauban obligeant une paroisse des Côtes du Nord à mettre à disposition des travailleurs à la construction et à l’entretien des batteries.

 

Des centaines d’hommes de 16 à 60 ans avaient en charge d’assurer le guet de la mer (mission de surveillance des bateaux de passage). Ils étaient formés au maniements des armes et devaient tenir jusqu’à l’arrivée de troupes régulières. Pour signaler tout danger, ils alertaient les autorités par signaux codés (jeux de pavillons par temps clair, coup de canon, tocsin de l’église la plus proche, feux la nuit,….)

Ordonnance du Roi   de 23 avril 1780   Portant règlement sur le service aux batteries, corps-de-garde…. cliquez ici pour avoir le règlement complet.

Extraits: (source Gallica.BnF.fr   Bibliothèque Nationale de France)

Capitainerie de Concarneau de 1734 (source Gallica.BnF.fr )

(Quelques détails : L’Odet ne va que jusqu’à Quimper ensuite la rivière porte le nom de Bénodet rivière. Les distances comportent 3 échelles)

DR

Le fort du Cabellou est équipé d’un bâtiment au toit impressionnant recouvert de dalles en granit pour se protéger des projectiles ennemis. Deux pièces composent ce bâtiment. Un logis avec cheminée et surtout à l’arrière une poudrière correspondant au ¼ de la surface totale. Face à l’Océan un escalier permet d’accéder à un poste d’observation.

A titre indicatif, de 1803 à 1808, les batteries du secteur ont chacune tiré : Beuzec (la corniche actuelle) : 22 coups, La Croix : 4, Cap Bellou : 137, Trévignon : 46, Beg ar Gazek ex pointe de la Jument (en un an seulement) : 46.

 

Le Contexte

Les îles de Glénan un repaire de pirates.

La Marine française n’a pas au XVIII ième siècle les moyens de garantir la sécurité de ses côtes.

Les pirates anglais ont pris l’habitude de séjourner sur les îles de Glénan car les mouillages sont surs  et l’eau douce y est présente. C’est un site incomparable pour surveiller le passage des bateaux de commerce et pour foncer sur eux.

Tout le secteur est donc risqué.

Il faut noter au Cabellou un site appelé « La Fontaine aux Anglais » ainsi que l’Anse de Kersaux (lieu des saxons) . Nos amis anglais y avaient-ils jadis leurs habitudes ??????

En 1756, 80 français sont débarqués sur l’île Cigogne pour y construire un fort. Le but est de rendre la vie impossible aux anglais dans la chambre qui est un mouillage idéal. Les canons ne sont pas assez puissants pour atteindre Penfret . Les anglais occupent donc cette île mais doivent monter sur leurs bateaux restés au mouillage au nord de l’île qui est loin d’être sûr suivant la météo.

En 1793 la guerre avec l’Angleterre est déclarée.

En 1805 Napoléon voit sa marine décimée à Trafalgar.

Les anglais occupent les Glénan pour surveiller le trafic maritime entre Brest et Lorient.

Une batterie est demandée pour la Pointe de la Jument afin de renforcer la puissance de tir du fort du Cabellou..

Un événement important se déroula le 26 août 1806.

Le vaisseau « Le Vétéran » avec à son bord Jérôme Bonaparte frère de Napoléon, pour fuir les Anglais lancés à sa poursuite, doit trouver refuge dans le port de Concarneau. Cette manœuvre n’a pu être réussie que par la présence d’un marin de Concarneau Jean Marie Furic. Jamais les anglais ne se sont risqués dans ces eaux (peut-être grâce à la protection du fort du Cabellou et d’un chenal difficile à trouver pour un étranger).

Le Vétéran passe le Cabellou – Peintre Michel Bouquet –  Musée de Brest

Ce vaisseau armé de 56 canons faisait partie de l’escadre commandée par le futur amiral Willaumez partie aux Antilles combattre la marine anglaise. Peu discipliné Jérôme Bonaparte s’est retrouvé isolé et donc vulnérable.

Pour la petite histoire, jamais un tel bateau n’était arrivé dans le port de Concarneau.

Le 30 août, le Vétéran (56,00 mètres) s’arrime au pied des fortifications de la Ville-Close, affourché sur deux ancres en patte d’oie, la proue cap au sud sud-ouest.

Il faut imaginer la précision de navigation pour qu’un tel bateau (sans moteur )arrive à la ville close.

Le Vétéran est resté 20 mois à Concarneau car les anglais sont restés dans les parages à surveiller sa sortie.

Le débarquement de l’équipage, composé de 700 marins, a tout de même posé de sérieux problèmes car, à cette époque, Concarneau ne comptait que 1500 habitants.

30 mariages ont été célébrés pendant ces 20 mois d’inaction forcée.

Acte de mariage entre Yves Le Saux (de Perros) marin sur le Vétéran et Jeanne Roze Perrinne Le Séhidic (de COncarneau)- En Janvier et février 1808 les mariages des marins du vétérans se sont succédés

Son histoire est aussi contée sur le site des Filets-Bleus:

« Une Galère pour LE VETERAN »

Le Vétéran trouve refuge à Concarneau

Commandé par Jérôme Bonaparte, Le Vétéran, superbe vaisseau français de 74 canons fait partie de l’escadre du Contre-Amiral Willaumez qui a quitté Brest le 13 Décembre 1805 pour une campagne de 14 mois. Les ordres sont de perturber le commerce anglais en Atlantique Nord et Sud.

Après quelques mois de navigation, l’escadre se trouve au large des Bahamas, poursuivant un convoi britannique. Les consignes du Contre-amiral sont, en cas de dispersion de la flotte, de faire route sur le banc de la  » Grande sole  » au sud de l’Irlande.

Ce sera le cas du Vétéran qui arrivera sur zone le 23 août 1806. Aucun navire en vue, Jérôme Bonaparte décide de faire route immédiatement sur Lorient en passant au sud des Glénan. Les vents favorables lui ont permis de porter toute la toile et de filer bon train, malgré une carène couverte d’algues.

Le 26 août, quelques heures avant l’aube, le vent fraîchit du sud-ouest avec grains. Il faut rentrer les bonnettes, ariser les huniers et carguer misaines et grand voile. En fin de nuit, quatre navires sont aperçus qui seront reconnus comme ennemis.

Le Vétéran s’approche toujours des Glénan. Que faire ? Les écueils sont proches et la marée baisse ; faut-il saborder le navire ou  » braver  » l’Anglais ? Il faut remonter au vent, fuir, ou trouver un abri.

Le second capitaine Halgan, le second capitaîne gagne l’avant du navire pour veiller au virement cap pour cap. C’est alors qu’il entend un matelot-timonier du nom de Jean-Marie Furic qui, ayant pratiqué la pêche en baie de Concarneau, affirme qu’il peut y faire rentrer le Vétéran. Halgan le questionne sur son savoir et l’amène à la timonerie où Jérôme lui confie la barre.

Tout se passe bien sauf quelques peurs bleues de l’Etat-major au vu des écueils environnants et la tentative d’encerclement des Anglais. A 9H30, le Vétéran est au mouillage en baie de la Forêt.

Le lendemain, un pilote de Concarneau conduira le navire au plus près de l’entrée du port de Concarneau où il mouillera. En raison de son tirant d’eau important qu’il faut réduire à 19 pieds , toute l’artillerie est déposée à terre par les bateaux de pêche concarnois et la provision d’eau douce est débarquée.

Le 30 août, le Vétéran s’arrime au pied des fortifications de la Ville-Close , affourché sur deux ancres en patte d’oie, la proue cap au sud sud-ouest. L’honneur était sauf et l’Anglais devra se contenter de veiller au-delà des Glénan.

Trois longues années passeront ainsi, et, dans la Ville Close , aux sept cents habitants se mêleront un grand nombre de marins désoeuvrés. L’atmosphère du port a bien changé, dans l’ombre des ruelles, on parle de complots. Ailleurs des familles se forment.

Jérôme Bonaparte quitta son navire le 28 août 1806, remplacé par le capitaine de vaisseau Le Bozec, ennemi juré de l’ « Anglais » d’alors. Il laissa son vaisseau au port, mais conserva une grande reconnaissance à Concarneau, pour l’issue heureuse de cette aventure qui aurait pu si mal tourner. »

Maintenant on accueille souvent les passagers anglais de paquebots de croisières au plus grand plaisir des Canons concarnois (marque bien connue d’appareils photos).

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Les Milices Garde-côtes de la province de Bretagne en 1756.

Exemple d’uniformes de canonniers gardes côtes

Pour assurer la défense du littoral le royaume avait mis sur pied une organisation de mobilisation des hommes qui habitaient sur ce littoral. Cette charge était très lourde. La vie sociale était rythmée par ce service obligatoire. Les paysans étaient souvent obligés d’abandonner leur travail de la terre pour se consacrer à la défense du littoral alors que les taxes étaient nombreuses. Devenir milicien était trop souvent synonyme  de devenir pauvre . Cette charge n’était pas très bien acceptée par les populations (surtout pendant les périodes de paix). Pour les femmes avoir un mari ou un fils milicien entraînait pour elles un travail supplémentaire très important.

Ce fort du Cabellou représente donc aussi toute les souffrances d’un peuple qui n’était pas fait pour la guerre.

 

L’organisation de ses Milices faisait l’objet d’Ordonnances Royales.

Ces Milices avaient en charge la surveillance et la tenue des postes de garde.

Organisée autour des capitaineries (celle de Concarneau allait de Quimper à Bénodet en passant par Riec, Queven, Rosporden et Saint Eliant.

Tous les habitants non classés (c’est à dire non assujettis à d’autres fonctions comme celle des Milices de terre) dans les paroisses Garde-côtes de la province de Bretagne de 18 à 60 ans étaient assujettis au service de la garde-côte.

La province de Bretagne comportait 20 capitaineries garde-côtes définies par le Roi.

L’organisation était confiée à un Intendant général sous les ordres du Gouverneur général et du Commandant général de la province..

Les capitaineries étaient commandées par un Capitaine général avec sous ses ordres un Major et un aide-Major.

Dans chaque capitainerie il y avait 10 compagnies de 50 hommes chacune.

Chaque compagnie était composée de 2 Sergents , 3 Caporaux, 3 Anspessades (premier grade de la hiérarchie militaire attribué à un soldat secondant le caporal), 1 Tambour et 41 Fusiliers.

Parmi ces hommes, 25 étaient affectés au service des canons de batteries de la côte. Les 5 premiers étaient nommés Canonniers-chefs, les 20 autres Aides-canonniers.

Les dédommagements étaient versées par années .

  • 3600 livres à l’inspecteur général
  • 480 livres aux Capitaines généraux des capitaineries
  • 420 livres aux Majors
  • 360 livres aux Aides-majors

Les 500 hommes formant le corps de 10 compagnies étaient pris sur tous les habitants sujets dans les paroisses se trouvant dans la capitainerie. Un nombre d’hommes affectés à chaque compagnie était définie dans chaque paroisse.

Le service des Sergents, Caporaux, Anspessades,  Fusiliers et Tambours était de 5 années consécutives. A la suite de quoi ils étaient licenciés.

La désignation se faisait par tirage au sort dans chaque paroisse.

C’est ainsi que chaque Compagnie portait le nom de la paroisse. ( Compagnie de Lanriec, compagnie de Rosporden,…)

La préférence au tirage au sort était sur les hommes de 18 à 45 ans d’une taille de 5 pieds au moins soit un peu plus de 1,50 m (sans chaussure) et sur les plus propres à servir et à défaut les hommes mariés.

Les garçons ou hommes mariés propre au service, qui se présentaient de bonne volonté pour servir 5 années dans les compagnies étaient admis sans tirage au sort. Ainsi le nombre de tirés au sort était diminué d’autant.

Le Roi permettait à ceux qui étaient tirés au sort de se dispenser du service en mettant à leur place d’autres hommes de la même paroisse.

Le licenciement devait être fait chaque année pour 10 hommes.

Cette organisation ayant été mise en place en 1756, 10 hommes ont été licenciés la 1ère année choisis parmi les moins aptes, puis remplacés par 10 autres. 10 hommes la 2ième années puis remplacés et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les hommes aient réalisés 5 années au service.

Chaque paroisse devait donc avoir toujours le même nombre d’hommes au service de garde-côte.

Les garçons licenciés après les 5 ans de service se retrouvaient de nouveau sur la liste de tirage au sort après 2 ans de leur licenciement (4 ans pour les hommes mariés).

Les garçons et hommes de la paroisse qui n’avaient pas été tirés au sort formaient une compagnie du Guet.

Ces compagnies de guet n’avaient aucun rôle en cas de paix. Elles avaient simplement à s’assembler chaque année lors du tirage au sort. L’armement de ces compagnies était à la charge des miliciens du guet. La qualité de cet armement était parfois très limite.

En cas de guerre , les hommes des compagnie de Guet étaient positionnés dans les postes de Guet ou à des endroits de la côtes choisis pour leur situation. Ils avaient alors à communiquer les observations à l’aide de signaux. Il étaient  relevés tous les 4 jours.

Les Miliciens étaient traditionnellement affublés d’un nom de guerre ; Vide -bouteilles, Le Rouge, La Mouche,…

Chaque soldat des compagnies garde côtes était doté de l’armement suivant ; un fusil avec baïonnette, une cartouche, un pulvérin (le pulvérin est une poudre noire très fine qui sert à amorcer une arme comme un mousquet . Le pulvérin est aussi le nom du récipient qui contient cette poudre.), une bandoulière pour porter la cartouche et le pulvérin.

Les corps de garde étaient entretenus par les paroisses.

Des exercices militaires étaient organisés, 2 fois par mois au moins, pour apprendre le maniement des armes.

Les exercices se faisaient le dimanche pour les paysans quand ils n’étaient pas trop occupés et 3 ou 4 fois par an sur la côte. Le but était que chacun connaisse son poste et son armement.

Les exercices consistaient à savoir marcher au pas, à réaliser des manœuvres et à tirer au fusil sur des cibles (aussi pour ne pas avoir peur).

En Normandie et probablement sur nos côtes, le temps du service était divisé en 2 grandes périodes dans l’année ; la période d’hiver du 1er novembre au 1er avril pendant la quelle les navires ennemis se faisaient rares et la période d’été du 1er avril au 1er novembre.

La période d’hiver était du domaine du service de guet et l’été le service garde côtes était en alerte.

Les exercices du dimanche posaient de nombres interrogations. Certains sergents se plaignaient d’un fort absentéisme malgré les punitions sévères. Certains paysans avaient 30 km à faire à pied pour assister aux exercices et autant pour rentrer chez eux. Le lendemain ils étaient incapables de travailler dans les champs. Le service garde côtes interférait gravement à la vie sociale des paroisses et à la production agricole et cela pendant la période de l’année où le risque est le plus grand.

Les autorités civiles en 1758 se demandaient si le service garde côtes ne produisait pas plus de problèmes en raison de peu de production agricole que si l’ennemi arrivait à envahir le secteur.

Le paysan garde côte avait souvent un choix difficile  soit,  obéir et participer aux exercices et risquer de ne pas pouvoir payer ses impôts et donc risquer de fortes punitions soit, ne pas participer et ainsi produire plus et pouvoir s’acquitter de ses impôts et donc risquer les punitions des autorités militaires.

Tout cela devenait dramatique quand l’ennemi décidait d’attaquer et que cette période de guerre s’éternisait.

En 1778 le Roi assoupli certaines règles du tirage au sort.

Si dans une paroisse il se trouve plusieurs frères assujettis, si de 2 frères les 2  été tirés 1 seul servait, 2 sur 3 ou 4, 3 sur 5,….

Les paroisses assujetties au tirage des gardes côtes étaient exemptes de fournir des hommes pour les régiments Provinciaux.

Etaient exemptés du tirage au sort des compagnies de garde-côtes ;

–         Les Valets de campagne, les Bergers et autres personnes qui n’ont pas de domicile fixe mais seront assujettis aux compagnies de guet.

–         Les Mendiants et Vagabonds.

–         Les Charpentiers de navires, Calfats, Voiliers affectés à la Marine ou à celui des particuliers qui équipaient les vaisseaux tant pour les bateaux de guerre que ceux de marchandises.

–         Les Tailleurs de pierre, Maçons, Armuriers qui étaient au service des bâtiments civils de sa Majesté dans les arsenaux et dans les forts.

–         Les Maires des paroisses, les Officiers de justice royale,

–         Les Courriers et Messagers de lettres ; les Maîtres de postes aux chevaux et leurs enfants employés à ce service ainsi que les Postillons.

–         Les Domestiques attachés à ,la personne des gentilshommes et aux curés.

–         Les Gardes des bois et des rivières, les Gardes chasses sous certaines conditions.

Le Roi désirant soulager les habitants des paroisses Garde-côtes, quand la situation le permet, dispensait les hommes aux revues pendant la paix. Ces Compagnies devaient cependant être complètes et  mobilisables sur les batteries lors des visites organisées par le Directeur de l’Artillerie.

Chaque habitant des paroisses Garde-côtes de 18 à 36 ans qui n’avait pas été encore à la mer pouvait s’engager sur les navires à la course, le commerce ou le cabotage même s’il avait été tiré au sort pour une compagnie garde-côtes. (à condition d’en informer son capitaine)

Formation.

Du 1er novembre au 1er mai les compagnies de canonniers se rendaient  successivement  à l’école du canon.

Anecdote

17 juillet 1791 lecture  faite lors du Conseil municipal de Concarneau :  » a été donné lecture d’une requête adressée et présentée par le nommé Louis Baraquin à messieurs les officiers municipaux de cette ville tendante à prier le district de Quimper de lui faire payer huit années de gardage du corps de garde du Cabellou paroisse de Lanriec. »

En 1811 il est signalé l’existence d’un fourneau à réverbère au fort du Cabellou. Ce four servait à chauffer au rouge les boulets dans le but de mettre le feu aux bateaux ennemis.

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