skip to Main Content

Le Cabellou et l’origine des stations balnéaires bretonnes

L’origine des stations balnéaires

Le tourisme balnéaire est une mode lancée par nos amis britanniques au début du XIX ème siècle. Boulogne et Dieppe sont les plus anciennes stations créées dans les années 1820-1830.

La côte Méditerranéenne connaissait déjà l’arrivée de riches investisseurs mais cela ne correspond pas aux critères balnéaires. Ceux-ci recherchaient un climat propice pour y passer l’hiver. Il n’était pas question à cette époque de profiter de la mer pour se baigner.

Boulogne et Dieppe sont rapidement concurrencées par Etretat, Arcachon, Granville, Les Sables d’Olonne, Royan et Pornic. Puis viennent dans les années 1830-1850 Saint-Malo, Le Croisic, Biarritz, Trouville ,…. Après 1850 les réalisations s’emballent et en particulier les plages bretonnes.

Les premières créations recherchaient des sites à l’air pur et permettant des baignades seulement thérapeutiques. Les premières stations de bains de mer dans l’ouest sont Granville, Saint-Malo, Pornic et Le Croisic (appelées stations primodiales).

Les investisseurs sont des aristocrates, de riches industriels , des rentiers à la recherche aussi de beaux panoramas. Ils veulent être des « spectateurs de l’Océan ».
Cette recherche est simplement le fruit d’un processus culturel résultat d’une éducation de l’époque et d’une mode à laquelle il faut souscrire au risque de passer pour des « un peu juste financièrement ».
La réussite doit se montrer par des investissements mais aussi par un style de vie. Le mot d’ordre est « VOIR ET ETRE VU »

L’investissement des saint-simoniens

Rien n’aurait pu être lancé sans l’imbrication des idées Saint-simoniennes. (pour en savoir plus « L’aventure Saint-simonienne » et « Le Saint-simonisme, doctrine et pratique du management »
En effet, dès 1825, ces idées « utopistes » sont à l’origine d’une révolution bancaire et industrielle en France. Le point d’orgue étant bien entendu la création des chemins de fer- Utopistes mais guidés par la volonté de produire des richesses profitables au plus grand nombre et mettant en pratique leurs idées.
Tout semblait possible à l’époque car tout était peut-être à créer.
Une chose est sûre, les Saint-Simoniens ont su créer des réseaux d’affaires qui ont permis d’avancer dans le même sens. C’est ainsi que pour inventer une station balnéaire il fallait au départ un investisseur, puis un système bancaire de dépôt et de prêts, des moyens de communication (le train en l’occurrence) et un porte drapeau passionné de santé, de thermalisme et de soins thérapeutiques en la personne de Napoléon III pétri d’idées Saint-simoniennes.
Il faut ajouter à ce mouvement d’idées une grande volonté de communiquer sur tous les projets dans le but d’assurer leurs succès.

Eau = Santé

Un phénomène important se produit alors autour des incontournables cures thermales. Certaines villes d’eaux connaissent depuis l’époque romaine une importance considérable dans la recherche du bien-être.
Au début du XIX ème siècle les « buveurs d’eau » ont un choix considérable de stations à leur service pour la plupart dans les terres.
Pour attirer cette clientèle on se mit donc à rechercher des eaux aux propriétés reconnues. C’est ainsi qu’on fit l’éloge d’une source remarquable au Clos Poulet aux environs de Saint-Malo. Les « curistes » affluèrent donc pour des pratiques hydrominérales reconnues par la médecine.
Il est curieux de constater que c’est, au départ, l’eau douce qui attira la foule en villégiature. Très rapidement l’air marin puis les bains de mer trouvèrent un écho favorable auprès des autorités médicales. Ainsi débuta l’ère balnéaire.
Par exemple à Saint-Michel Chef-Chef une source d‘eau minérale attire de plus en plus d’ « étrangers » pendant la saison des bains. Le baigneur pouvait ainsi apprécier une gorgée d’eau minérale régénératrice avant de se tremper dans l’eau de mer.

Ces cercles « très restreints » de buveurs d’eau vont expérimenter une sorte de sociabilité caractérisée par « l’entre soi » qu’on peut nommer « vie de station ». Chaque station a bien entendu son style, son niveau de richesse. Il faut donc choisir la station qui correspond le mieux à son niveau social ou celui auquel on aspire.
Pour arriver à créer ce style, les investisseurs se sont empressés de créer ici un casino, là un hôtel de très grand standing, ici des promenades pour se faire voir,…..

De cette évolution de la recherche d’eaux minérales aux propriétés parfois miraculeuses, l’attention s’est portée progressivement vers l’eau de mer et donc vers la baignade, la plage, une nouvelle mode vestimentaire,….

Certains robinets qui jadis étaient tant recherchés sont tombés dans certaines stations dans l’oubli et ne servent plus qu’à se rincer les pieds après la baignade.

Avant l’arrivée de ces nouvelles populations sur le littoral les populations « indigènes » prenaient régulièrement des bains pour se laver et aussi pour leur plaisir. Ce n’est pas cela qui est à l’origine des stations balnéaires mais bien l’arrivée de populations « étrangères » à la recherche de soins thérapeutiques avec comme base l’eau douce puis l’eau de mer.

Le succès grandissant des premières stations fait que de nouvelles voient le jour. Cette deuxième vague de stations va voir arriver des retardataires parisiens aux idées de villégiatures marines mais va aussi voir investir les notables bretons dont la résidence principale se situe à moins de 50 km.

La Bretagne se lance

C’est ainsi que se créent Saint Lunaire, Saint Briac, Erquy, Binic, Carantec, Perros Guirec, Camaret, Tréboul, Loctudy, Port Louis, Quiberon,……….. et bien entendu Concarneau.

Les stations balnéaires peuvent avoir eu des implantations différentes. C’est ainsi que certaines se sont créées de toute pièce, d’autres se sont appuyées sur l’existant comme Concarneau qui se développe autour du port.
Tout cela n’est pas d’ailleurs sans poser de sérieux problèmes aux élus locaux. Faut-il se laisser envahir et y laisser son âme. Faut-il limiter cet arrivage gênant de rentiers et donc d’oisifs. Attention, ces populations ne sont pas un bon exemple pour nos garçons et nos filles.

Concarneau se développe donc sur le modèle avec d’un côté le centre urbain historique, le ou les quartiers balnéaires et les plages.

Voyant le succès de ces nouvelles manières de vivre et la mode qui ne semble pas vouloir s’arrêter, de riches parisiens, banquiers, hommes politiques flairent la bonne affaire et achètent d’énormes terrains pour y créer des stations balnéaires en faisant venir des « clients » de leur premier cercle d’amis puis, si cela ne marche pas, de leur deuxième cercle de relations, puis du troisième cercle de notables locaux capables de s’offrir un style de vie prestigieux, …

Le Cabellou

C’est ainsi que Charles Leboucq (homme politique , 91, avenue des Champs Elysées à Paris) a découvert la perle rare, un site pittoresque avec des plages, des rochers spectaculaires. Ce site remarquable est celui du Cabellou.

La propriété de 450 500 m2 appartenait à Madame Elisa Jacquette Scanvic originaire de Concarneau.
Charles Leboucq se lance donc comme créateur de villégiature et se porte acquéreur le 17 avril 1926 pour 44 100 francs emprunté au taux de 8 % (Le journal Ouest Eclair coûtait 0,25 fr)

Le but est de créer un lotissement . L’acheteur a ainsi l’assurance d’avoir des voisins du même niveau social ou aux ressources financières proches. Il aura aussi l’assurance de se retrouver chaque été entre « gens du même monde ».

Comme le dit Viviane Manase dans les Villégiatures familiales de la côte d’Albâtre, la cohésion de cet environnement humain de lotissement est déterminante pour la réussite d’une station, plus encore lorsque celle-ci est peu étendue. Le sentiment d’intérêts communs est plus flagrant dans le cadre de propriétaires d’un même lotissement, notamment en matière d’environnement paysager.

Le projet de lotissement est approuvé par la Préfecture du Finistère sous réserve que Mr Le Boucq fasse connaître, au plus vite, à la Préfecture l’emplacement de 3 puits qu’il doit construire dans le but d’assurer l’alimentation en eau « potable » des futurs acquéreurs.
Il faut dire que tout est réuni sur la presqu’île du Cabellou pour réussir son rêve.

Pour attirer une riche clientèle il fait construire de belles maisons « témoins » un superbe hôtel, des tennis, des avenues larges marquées par des murs en pierre et même pour donner au quartier un côté village en y implantant une ancienne chapelle achetée pour l’occasion à Riec sur Belon.

Il pense aussi à l’avenir en créant un Cahier des charges qui s’impose à tous les acquéreurs sans limite dans la durée et donc transmissibles. Ce cahier des charges permet de garantir un style de construction (non défini mais fonction de l’époque où il est proposé) car tout projet doit être validé par le Conseil syndical. Le cahier des charges interdit tout morcellement en terrains inférieurs à 1000 m2 en cas de vente.
Ce cahier des charges est donc une garantie importante pour les acheteurs.

Tout est ici réuni pour que le projet ait un grand succès

Mais la réussite n’est pas celle des lotissements créés à la fin du XIXème siècle . La crise de 1929 arrive en pleine commercialisation et bien entendu la deuxième guerre mondiale.
De plus, grand joueur, il arrive que Charles Le Boucq perde et pour rembourser ses dettes de jeu utilise des parcelles de terrains plus ou moins importantes en fonction de l’importance de la dette.
Charles Le Boucq avait tout prévu à ce sujet car le cahier des charges prévoyait que lui seul au départ pouvait morceler sans avoir à tenir compte de la règle des 1000 m2.

C’est ainsi que sont arrivés quelques notables également joueurs qui ne savaient, peut-être, même pas, au départ, ou pouvait bien se trouver ce fameux Cabellou.

Ce quartier balnéaire bien qu’ excentré par rapport à Lanriec, dont il fait partie à l’époque, mais surtout de Concarneau avec son port et sa gare est suffisamment proche pour les commerces et permettre la flânerie.

Le Cabellou rejoindra la liste des stations familiales où il fait bon se baigner sur des plages sans danger et dans les avenues ombragées. La plage familiale est un atout considérable pour certaines familles car elle constitue un rempart important contre le snobisme.

Le développement de Concarneau tient beaucoup aussi à l’image véhiculée par les artistes peintres du monde entier attirés par l’école de Pont Aven. Beaucoup ont investi au Cabellou.

Le Quartier des Sables blancs s’est développé par l’investissement de André Bernheim rennais lotisseur également à Tréboul.

La station balnéaire bretonne est un cocktail d’espace foncier en perpétuel mouvement, d’espace de vie animée par des personnes y vivant toute l’année et de populations de passage.

Chaque station a ses caractéristiques évolutives avec le temps mais qu’il faut essayer de sauvegarder pour sa tranquillité, son côté paysager voulu et créé dès le départ dans laquelle il fait bon vivre. Cette histoire est à connaître pour orienter favorablement l’avenir . Tout doit-être mis en œuvre pour que les générations futures soient toujours attirées par ce magnifique site.

Ces lotissements comme celui du Cabellou font parties de notre histoire touristique bretonne et française. Le dynamisme de la Bretagne doit beaucoup à ces investisseurs venus d’ailleurs.

 

Artcile réalisé d’après une étude en particulier de
textes écrits par Philippe Clairay et Johan Vincent

Cet article comporte 1 commentaire
  1. J’ai eu beaucoup de plaisir à relire l’histoire des stations balnéaires. Plaisir de l’émotion de tel ou tel détail allié à celui de connaître les racines du lieu et l’esprit des fondateurs. Cette émotion vient renforcer la détermination à ne pas nous laisser manœuvrer par les éphémères qui qui voient le Cabellou comme une source possible de profit ou qui y seront passé sans s’y être attachés.

    Bravo pour le nouveau site !
    J’espère que suivront « Les rochers du Cabellou » ainsi que tout le beau travail qui a déjà été fait, et bien fait.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top